Quelque part sur la ligne du temps:

Automne, je t’aime

Manon Castonguay - centaure.org

 

Ça fait quelques fois que ça arrive. Ce n’est plus du hasard là. Une fois, deux fois peut-être mais pas 4, encore moins 5 fois!

 

J’étais assise dans mon spa tantôt, en pleine forêt pluvieuse d’automne. Ravissant automne. Couleurs multipliées, parfums décuplés. Thé cardamomé légèrement coco sucré en main, c’est un moment de grâce et de bonheur que je savoure précieusement.

 

Comme je le fais souvent, j’en profite pour utiliser le pouvoir de la nature, du grand air et de l’eau pour me ramener à l’essentiel, à moi-même, et pour faire le point sur un paquet de trucs. J’en profite très souvent aussi pour faire la jasette à mon père. Il aimait ça jaser mon père. Et moi j’avais le goût de parler des vraies affaires avec lui. Je me reprends pour le temps que j’ai gaspillé à attendre le bon moment.

 

Et je souris, je ris, je pleure, je me souviens, j’oublie; c’est pas si important ce que je fais. Ce qui compte, c’est que je sens qu’il est là, tout près. Je regoûte les grands bonheurs et des petits aussi. Je me rappelle les grands vides et le vide, ils voyagent souvent ensemble ces deux-là. Tout ça pour sentir encore une fois cette connexion à lui, mon grand sage d’en haut.

 

Et là ça fait plus d’un mois qu’il y a un trait d’union entre l’ici et là-bas, entre lui et moi, entre maintenant et toujours. Quand je lui parle, et qu’on arrive à la fin de cet échange mythique, une feuille tombe sur l’eau du spa. Ça fait 5 fois là. C-I-N-Q fois.

 

À toi là-haut, ici tout près, je sais que c’est toi. Et je sais que tu sais que je sais. J’ai toujours dit et su que les hasards n’existent pas. Et j’aime encore plus l’automne. Et je t’aime.

Un an déjà

Manon Castonguay - centaure.org

Parce que nous deux, c’est comme ça

 

Un an.  Un an déjà que tu as reparti ton compteur à zéro.  Je le réalise à peine, même encore aujourd’hui.

J’oublierai jamais le soir où tu nous as tous demandé de s’approcher de toi, parce que tu ne supportais pas la distance entre toi et chacun de nous.  Peut-être savais-tu que ce moment allait être le dernier que tu allais savourer avec nous tous?

Je me rappelle la brillance de tes yeux, je revois ton sourire infini, je me rappelle le silence puissant qui soutenait ce moment d’éternité.  Je t’avais rarement vu si pleinement heureux.  Oui, un lion heureux, ça se peut.

Je suis fière d’avoir tenu la promesse que je t’avais faite.  Jusqu’au bout.  Et j’aurai eu le privilège de te dire Je t’aime plus souvent en 5 semaines qu’en plus de 40 ans.  Un magnifique héritage.

Avant que les médicaments mutilent ta conscience, tu avais dit : ‘Je suis content.  Je suis en paix.’  Tu as bavé plus que ta part dans cette vie-là mais après presque 80 ans, ces mots ont été la plus grandiose conclusion qui soit.

Je t’écouterais encore pendant des heures raconter comment c’était la vie dans tes camps de bûcherons.  Ou comment tu as vu le bout de ta force à garocher des billots de bois dans la face du bon dieu.  Ou comment tu l’aimes et que tu l’aimeras toujours ma mère.  Ou comment tu reculais ton camion entre une bâtisse et un précipice.  Ou comment tu as réparé ton camion avec une vieille broche quelque part sur la 20 entre Québec et Rivière-du-Loup.

Et j’écouterais encore les silences complices que nous partagions à corder du bois ensemble ou à ‘rider’ dans ton camion.  Et j’irais encore les chercher ces pêches dont tu avais envie.  Et je le relaverais ton dentier.  Et je te regarderais dormir encore.  J’en profiterais certainement pour te souhaiter Bonne nuit encore une fois…

Quand ton absence est trop lourde, je repense à toutes ces blagues que tu faisais durant ces derniers moments de ta vie.  Tu aurais pu choisir la rancœur, tu aurais pu choisir la colère, et même la rage, tu aurais pu choisir la tristesse aussi.  Mais tu as choisi d’apprécier chaque instant pour ce qu’il était, l’un des précieux derniers.

Je veux te redire que je t’aime.  Je prononcerai toujours ce verbe au présent pour toi.  Toujours.

L’affaire Bugingo

 

Manon Castonguay - centaure.org - L'Affaire Bugingo

Dans un monde où l’image, la visibilité, la popularité, et disons-le, notre goût du ‘palpitant’ sont au cœur même de notre expérience quotidienne, l’Affaire Bugingo devient aussi NOTRE affaire, que ça nous plaise ou non.

J’étais définitivement fan de son travail, de son parcours, de sa vision, de sa contribution.  J’avais l’impression que l’international m’était accessible à travers lui.

Voilà que le piédestal s’effondre.  Voilà que l’incompréhension s’éclate tout azimut.  Mais je persiste à dire que c’est NOTRE affaire quand même.

 

Quelques prémisses pour saisir et explorer ce ‘NOTRE’ :

  • Le hasard n’existe pas;
  • Les questions sont des tremplins qui peuvent nous amener au-delà de nous-mêmes;
  • Le courage de prendre pleinement sa responsabilité est une source inestimable de pouvoir authentique.

 

Quelques questions en vrac pour explorer ce ‘NOTRE’:

À chacun.e de nous d’oser notre propre voix, ne serait-ce que sur une ou deux de ces questions, pour bien saisir l’ampleur et la véracité de ce ‘NOTRE’. Il est judicieusement riche d’enseignement pour quiconque ose voir plus loin qu’une bévue journalistique.

 

Quand ai-je été tenté.e de compromettre mon authenticité pour soutenir une vérité que je n’ai pas voulu/su assumer?

Quand ai-je choisi de nourrir une image de moi-même où sa fausseté était moins importante que sa lumière, même temporaire?

Ai-je déjà été tenté.e par un premier soupçon d’illusion pour camoufler une réalité jugée trop banale, inadéquate, en-deçà de la vision que j’ai de moi-même?

Quelle souffrance se cache derrière mes mensonges?

Quelle vérité je n’ose toujours pas à assumer?

Vais-je mettre en gage tout ce que j’ai bâti, tout ce que je suis, pour être reconnu.e?

Qu’est-ce que je valorise le plus : la glorieuse fausseté ou l’humble franchise?

Suis-je conscient.e que l’authenticité a le pouvoir de faire trembler, bien au-delà de toute frontière?

Les jugements des autres sont-ils vraiment pires que ceux que je porte déjà sur moi-même?

Sur quel terrain vais-je choisir d’ériger ma crédibilité?

Quel prix suis-je prêt.e à payer pour berner les gens de fausses vérités, demi-mensonges ou vérités allongées?

Comment ai-je cru qu’ériger ma vie sur des vérités embellies, déguisées, biaisées, et finalement complètement dénaturées était viable?

Ai-je songé aux risques de mentir allègrement, sans broncher?

Que croyais-je gagner à ériger mes réalisations en châteaux de cartes?

Pourquoi ai-je choisi de me mentir délibérément?

Cette visibilité gagnée à investir des mensonges, en valait-elle le coût?  En valait-elle le coup?

Qu’a-t-elle de si dévalorisante ma vérité pour que je la dissimule si vaillamment?

Qu’ont-elles de si grandioses ces vérités trafiquées pour que je renonce à qui je suis sans artifice?

Qu’avais-je tant à gagner pour risquer de tout perdre?

Comment choisit-on de dire la vérité même quand elle n’est pas aussi radieuse ou dévastatrice qu’on l’avait imaginée?

Jusqu’où suis prêt.e à aller pour la reconnaissance de l’autre?  Des autres?

À qui ai-je menti le plus?  Aux autres?  À moi-même?

Quelle réalité ai-je tenté de fuir si vaillamment?

Quel mensonge ai-je tenté d’ignorer si farouchement?

Suis-je en mesure de distinguer à quel combat ma vérité est tombée?

Pourquoi ai-je si peur de la vérité?  Que cache-t-elle?  Qu’est-ce que je lui cache?

Est-ce que l’admiration que j’ai reçue valait d’investir autant dans le faux?

Ai-je vraiment cru échapper à la réalité?

La reconnaissance valait-elle le mépris que je récolte maintenant?

Est-ce si difficile de me supporter tel.le que je suis?

Ai-je tant douté de mon droit d’exister?

Suis-je si insatisfait.e de mon sort que mentir pour l’embellir me semble la seule avenue?

Ma fuite du vrai doit-elle être si intense que les conséquences futures m’échappent complètement?

Le mutisme et le déni sont-ils les seuls outils dont je dispose pour reprendre mon équilibre?

Suis-je conscient.e de l’impact d’être pleinement authentique?

Suis-je conscient.e de l’impact de mentir?

Qu’ai-je ébranlé de si fondamental autour de moi par les choix que je fais pour créer un impact aussi grand?

Qu’avait-il dans la balance pour équilibrer le choix de la trahison?

Qu’avait-il dans la balance pour équilibrer le choix de ne pas être digne de confiance?

Le silence est-il vraiment mon meilleur allié présentement?

Que me restera-t-il quand les mensonges auront fini de mentir et que la vérité sera révélée?

Que restera-t-il quand la confiance en moi que j’ai faussement érigée sera remise à niveau?

Comment vais-je oser être moi après l’épreuve?

Que restera-t-il de la vérité quand elle aura obtenu toute l’attention que je n’ai pas osé lui offrir?

L’intégrité et l’authenticité pourront-elles reprendre pied après un orage aussi dévastateur?

Qu’est-ce que je choisis de rendre visible?

 

Oui, c’est définitivement NOTRE affaire aussi.

Merci François Bugingo.  Je te souhaite sincèrement de reprendre pied et d’oser ton authenticité.

Pour une dernière fois

Manon Castonguay - centaure.org

 

1 rue des Cèdres.  Sans cèdre à l’époque.  Cocasse quand même!

J´avais 8 ans quand mes parents ont déménagé là.  Beaucoup, beaucoup d’années à faire et à défaire des souvenirs.

J’ai regardé à travers la fenêtre de ma chambre des centaines de fois.  Possiblement des milliers en fait.  Voilà que ce matin j’y regardais pour une toute dernière fois.  Étrange sentiment.

L’un de mes meilleurs souvenirs, c’est quand j’ouvrais les yeux le matin pour trouver ma chambre remplie de lumière.  J’aimais placer mon lit pour que les rayons du soleil arrivent directement sur mon visage.  C’était pour moi la promesse d’une journée heureuse.  Même si je savais qu’elle ne serait peut-être pas tenue.  Au moins le début était réussi.

Mon meilleur souvenir toutes saisons confondues est définitivement quand j’entendais le moteur du 10 roues que mon père conduisait, fendre le silence de si tôt matins.  Je m’assurais le soir de laisser ma fenêtre entrouverte pour savourer incognito cette mystérieuse musique qui berçait vaillamment mon cœur et mon âme.  Elle les berce toujours d’ailleurs.  Un ancrage extrêmement profond.  Et jalousement précieux.

Est-ce que les souvenirs meurent quand ils n’ont plus d’adresse?  Est-ce que mes souvenirs mourront parce qu’ils n’ont plus leur adresse?  Est-ce que ces souvenirs perdront ma mémoire?

Etrange sentiment.

Au Revoir St-Modeste.

Magicienne

Manon Castonguay - centaure.org

 

Ma 9 ans préférée a fait une gaffe ce soir: elle a oublié ses pinces-nez, son maillot et sa serviette à la piscine. Elle s’en est rendu compte à la maison. Il était 20h17. Trop tard pour y retourner.

Les objets oubliés à la piscine deviennent des choses trouvées par quelqu’un d’autre. Ils n’ont jamais la chance de devenir des objets REtrouvées. On en est à notre deuxième maillot oublié, on a déjà de l’expérience.

Alors c’est la catastrophe. L’hécatombe. La colère et la peine se livrent un violent combat. Finalement c’est la peine qui gagne la première ronde: c’était sa serviette préférée, celle que son père lui avait offerte en cadeau. Et les hostilités reprennent. Voilà que la deuxième ronde est remportée par la colère: « Je m’haïs quand je fais des gaffes de même. »

Dans ce combat sans merci, les reproches sont inutiles. On ne peut juste pas retourner en arrière. L’impuissance est dévastatrice. On peut juste trouver les erreurs qui ont été commises pour les éviter les prochaines fois.

Durant le combat, c’est le moment parfait pour créer un espace sans jugement pour accueillir cette cavalerie d’émotions. Parce que se pardonner est la seule voie. Le silence, la présence et l’attention peuvent faire des miracles.

Dans un dernier moment d’accalmie, elle me confie: « Maman, j’aimerais ça être magicienne et retourner dans le temps pour chercher mes affaires. » Moi de lui répondre du tac au tac: « Et moi aussi j’aimerais être magicienne. Pour réparer ton cœur. »

Cette 9 ans est la plus magnifique jeune fille que je connaisse.

Ananas

Manon Castonguay - centaure.orgDeux semaines.  Ça fait deux semaines que j’ai des quartiers d’ananas préparés au frigo.  Ils s’y sont retrouvés parce que l’ananas entier était très mûr et je ne voulais pas le gaspiller.  J’adore les ananas.  Du moins c’est ce que je dis.

Depuis que les quartiers sont au frigo – il y a deux semaines je le répète – j’y ai pensé à tous les jours: il faut que je fasse quelque chose avec ces morceaux d’ananas.  Les manger nature aurait été une excellente idée jadis mais le mûrissement s’est poursuivi et là, c’est trop mou à mon goût.  Le petit brun et tout, ça me tente pas vraiment.  Je me suis dis cette semaine que je devrais en faire un jus!  Un si bon fruit, faut pas le gaspiller!  Et en plus, c’est tellement bon du vrai jus d’ananas!

Me voilà vendredi.  Les quartiers d’ananas sont toujours dans le même contenant dans mon frigo.  Dans quel état actuellement, j’en ai aucune idée.  Il est peut-être déjà trop tard pour l’étape du jus.

Restera peut-être comme seule option l’étape du composte.  Même si c’est UN PEU mieux que la poubelle, je suis quand même pas fière de moi.  Je déteste le gaspillage.  Du  moins c’est ce que je dis.  Et pense.

Je me demande:  Combien d’ananas comme ça dorment dans le frigo de mon mental?  Combien d’énergie je gaspille à jongler avec des idées tellement longtemps qu’elles finissent au compostage?  Pourquoi je ne les savoure pas avant qu’elles soient trop mûrs?  Pourquoi je ne choisis pas de les utiliser pour réellement éviter le gaspillage?

Que de question qui sous-tend une réserve d’énergie IMPRESSIONNANTE qui se gaspille!  Honnêtement, j’ai pas besoin de chercher bien longtemps pour en dénombrer quelques cadavres d’ananas qui compostent déjà dans le locataire d’en haut.  De mes épaules je veux dire.

Bon!  C’est le moment de passer à l’action!!  J’ai un jus d’ananas à préparer moi là.  Ou du composte à faire, je sais pas exactement pour le moment.

Avoir confiance à nouveau

centaure.org - Manon Castonguay

 

Je suis allée rencontrer un massothérapeute pour m’aider à reprendre pied suite à cette blessure à ma jambe gauche.  Pour me rendre à son bureau, j’ai dû monter un escalier et en descendre deux.  En béquilles, c’est charmant….

Les escaliers et moi, c’est une longue histoire, mais je peux affirmer qu’eux et moi, on se déteste officiellement.  JE les déteste.  Beaucoup.  Parce que c’est en descendant un escalier que la saga patte de plâtre a débuté.

Alors que je descendais le deuxième escalier pour me rendre à ce qui allait être ma nouvelle chambre de torture, tout de suite après avoir presque perdu l’équilibre, j’ai dit: « J’ai réussi à me casser 5 os quand j’étais sur mes deux pieds, imagine ce que je pourrais faire avec deux béquilles! »

Quand j’ai prononcé ces mots, c’était en blague, pour m’enlever un peu de cette pression que je ressentais d’être aussi lente dans mon trajet ET maladroite avec ces foutues béquilles.  M’entendre dire cette phrase après l’avoir pensée tellement souvent depuis ma cascade m’a fait réaliser qu’elle n’avait rien d’une blague.  Rien du tout en fait.  J’affirmais en fait que je ne me faisais plus confiance.

Comment maintenant dépasser la peur de me blesser à nouveau?  Comment réapprendre à avoir confiance?  Comment faire confiance à ces jambes qui m’ont laissée tomber?  Honnêtement, j’en ai aucune idée.  Aucune.

Voilà où j’en suis, ici et maintenant.

Now what?

centaure.org - Manon Castonguay

 

Une  marche d’escalier inégale + un genou surpris, voilà les ingrédients de mon insolente cascade.  Résultat: 5 os cassés.  Conséquence: 1 opération, 2 plaies, 2 plaques, 13 vis et 28 agrafes.

Bien que l’opération marque le début officiel de la guérison physique, cette séquence d’événements me projette au coeur d’une puissante et immense tristesse.  Je la ressens avec une violente et lourde acuité.  Comme si tout plein d’océans devaient être asséchés, comme si des milliers d’orages avaient à se déchaîner.

Je sais que ma condition physique actuelle est temporaire.  Même si parfois je perds cette vérité de vue.  Un peu comme si je n’arrivais plus à me rappeler comment y croire.  Et cette tristesse m’inquiète.  Je me demande vers quoi ces marées me poussent.  Même si je sais qu’à elles seules, les marées ne font pas l’océan…

Ressentir cette sourde vulnérabilité qui m’assaille réveille en moi une colère sans nom.  Je voudrais ne jamais ressentir cette nausée qui valse autour de moi comme une narguante ennemie.

J’aurai la force et la liberté d’aller courir à nouveau.  In time.

 

 

‘Tu étais belle ce soir!’

Manon Castonguay - centaure.org

Des mots

Une petite phrase toute courte, venue de nulle part, comme ça, en revenant d’une agréable escapade au resto.

Cette toute petite phrase a été inattendue. Certainement espérée mais tout à fait inattendue. Pourtant, son effet a été marquant. Percutant. Profond. Comme une musique viscéralement céleste.

Ces quelques mots ont fracassé à bout portant la tornade de pensées qui m’avait hantée. Que l’homme qu’il est reconnaisse la beauté de la femme que je suis est extrêmement puissant. Me sentir belle est une chose. Être belle à ses yeux, c’en est une toute autre. C’est tout simplement enivrant.

Enivrant, voilà le bon mot. J’étais ivre de ces quelques syllabes. J’étais ivre de ces sons qui ont fait vibrer mon cœur et qui m’ont rendue vulnérable. Vulnérable à son jugement sur moi, vulnérable au pouvoir de ses yeux sur moi. Et j’ai eu le goût de savourer cette vulnérabilité, parce que j’y trouvais une force insoupçonnée, un pouvoir que je n’ai jamais vraiment osé reconnaître.

 

Plus que des mots

Il y a eu ces mots. Puissants, savoureux, inattendus. Mais à eux seuls, ils n’auraient pas su faire cette vibrante différence. Il y avait plus. Il y avait définitivement plus.

Il y avait au cœur d’eux une imposante présence sur chacune des syllabes prononcées. Chacune avait des racines. Chacune donnait des ailes. Son regard solide a croisé mon regard fuyant, mais il a insisté. Il a bravé mon évitement pour porter son message jusqu’au bout. Là où les mots sont plus que des mots. Là où les mots sont de gigantesques réservoirs de liberté. Là où les mots portent un message qui les surpassent. Étonnamment.  Vaillamment.

Son regard sur moi est un phare, même si je revendique farouchement un détachement que je n’ai pas.

Cette courte phrase a gravé sur mon âme l’amour que chaque syllabe a porté.

Merci Denys.

Hommage à Hervé

 

Manon Castonguay - centaure.org

 

Comment résumer toute une vie en un seul texte?  Et bien en faisant comme toi, en allant à l’essentiel, sans flafla.

Hervé, un fils, un frère, un ami, un collègue, un beau-frère, un oncle.  Ensuite aussi un fiancé, pour devenir un mari, un père, un beau-père et un papi.  Tu as été aimé, craint, apprécié, redouté, respecté et aimé encore.  Tu as définitivement touché nos vies de façon unique.

Au-delà de tous ces rôles, tu étais d’abord et avant tout un homme fier.  Très fier.  Tu as toujours fait les choses à ta façon, jusqu’au bout, coûte que coûte.

Depuis toujours, tu as apprécié et recherché la présence des gens autour de toi.  C’était très important pour toi.  Tu es certainement heureux de nous voir tous ici ensemble pour toi, une toute dernière fois.

Tu n’as jamais fait les choses à moitié, ni dans la vie, ni sur la route de ton dernier voyage.  Même si ton corps te lâchait peu à peu, tu as toujours choisi de regarder droit devant, malgré la peine de devoir partir sans nous tous.

Avec toute notre tendresse et notre affection, Bon voyage Hervé.  Garde une place pour chacun de nous, tout près de toi.  Comme tu disais: On va se revoir.  Sois heureux où tu es, c’est un tout nouveau départ pour toi.  Tu avais hâte de repartir le compteur à zéro, voilà tu y es.  Veille sur nous et sache que l’amour que nous avons partagé ne mourra jamais.

Au revoir Hervé.

Getting ready to go

From my heart to yours Papa:

Know that when your legs get too tired to take you where you want to go, your wings will have grown strong enough to take you where ever you want to be.  You’ll be the best flying lion there ever was.  MY flying lion.

I love you.  Please know that.

M

Mon lion rugira bientôt d’ailleurs

centaure.org - Mon lion rugira bientôt d'ailleurs

 

Mon père a renoncé à un dernier traitement disponible pour ralentir la progression du cancer qui le gruge.  En plus de la prostate, ses os sont maintenant sérieusement atteints.  Il a renoncé à cette chimiothérapie qui risquait d’écourter sa vie.  Un choix qui n’en était pas vraiment un quoi.

Malgré le souhait de ‘rallonger son contrat de vie de 5 ans’, la douleur s’est installée de plus en plus dans son corps.  Il a choisi de recevoir des soins dans une maison de soins palliatifs toujours dans l’espoir de ‘rallonger sa run’.

Ses jambes le supportent à peine maintenant.  Son corps est très fatigué, usé à la corde comme il dit.  Toute sa vie, il a physiquement tout donné sans jamais croire les limites qui s’imposaient à lui.  Oui il est fort mon père.  Mais la vie se transforme constamment.  C’est la seule certitude qui soit…

Sa vie l’amène tranquillement ailleurs, cet ‘ailleurs’ d’où personne ne revient comme il se plait à dire.  Et je sais que lorsque ses jambes n’auront plus la force de le porter plus loin, ses ailes auront poussé suffisamment pour l’amener partout où il choisira d’aller.  Plus de frontières.  Et je me tiendrai là, juste à côté de ce corps dont il n’aura plus jamais besoin.

Je t’aime papa.

Pareil

Centaure.org - Pareil

 

Chacun-e à son expérience avec l’amour, et son absence aussi.   Dire Je t’aime  n’est pas facile pour tout le monde.  J’ai jamais vraiment tout-à-fait compris pourquoi.  C’est simple pourtant non??  J-E–T-‘-A-I-M-E!

Des lèvres de mon père, ces mots n’ont jamais été prononcés.  Et j’ai toujours su que mon père ne savait pas mentir.  Alors j’ai grandi en me demandant si mon père avait malgré tout un peu d’amour pour moi.  Parfois j’y croyais, parfois je voulais y croire.  Et parfois j’en doutais.  Beaucoup.

Plus tard j’ai compris que les mots n’étaient pas les seuls messagers du cœur et de l’amour.  Mais malgré tout, mon cœur de petite fille espérait ces mots de la bouche de mon tout premier héros.

Allongé sur le lit qui allait être son dernier, mon père répondait au Je t’aime de ma mère en disant: ‘Pareil‘.  Il troquait deux syllabes pour deux autres, mais là, elles portaient la même musique.  Celle que l’on exprime avant qu’il soit trop tard, celle qu’on dit ne sachant plus si demain existera.  Et c’est en l’entendant prononcer ces deux syllabes que j’ai réalisé que l’amour n’est pas circonscrit dans un Je t’aime.  Parce que l’affection sincère et la profonde tendresse sont si grandes qu’elles ne sauvaient être contenues.  Ni dans si peu de lettres, ni dans ce trop peu de syllabes.  Parce que c’est dans le silence entre ces sons que tout se passe, que tout se joue, là où l’éternité sait exister pour vrai.

Pareil papa.  Pareil.  Beaucoup.

 

La Vie

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Mon père doit maintenant subir de la radiothérapie.  Les médicaments ne l’aident plus.  Il aura 80 ans cet été.  Vénérable quand même.  Toujours trop près d’un départ pour moi.

Presque en même temps, j’ai aussi appris qu’un cousin est décédé.  Mi-trentaine.  Circonstances à venir.

Violent comme nouvelles…  Extrêmement puissant comme rappel de vivre ici et maintenant aussi.

La vie.  Difficile de ne pas la juger quand elle confronte autant.  Difficile quand la vie et la mort s’entrechoquent si ouvertement.

Et ces deux situations me bousculent et chamboulent toutes mes idées préconçues sur la vie et la mort.  2 hommes, 2 vies, 2 chemins.

Est-ce si irraisonnable de vouloir encore vivre quelques années à 80 ans?  Mon père l’aurait voulu ce jeune corps.  Mon cousin n’en avait plus besoin.  Et est-ce vraiment terrible de mourir à 35 ans quand la douleur de vieillir peut être si lourde?  Pourquoi l’on vit?  Pourquoi l’on meurt?  Questions ouvertes.  Béantes.  Réponses multiples.  Infinies.  Comme l’univers je suppose.

Et se colle à ma jambe gauche Lucky, mon ami canin.  De ce brun regard jaillissent au contact du mien ces étoiles qui me rappellent d’accepter la magie de la vie.  Je n’ai absolument pas besoin de tout savoir et de tout comprendre.  Une simple présence, sans  mot, peut faire la plus grande différence.  Gigantesque en fait.

‘Tu viens Lucky?  On va jouer dehors?’  Sa réponse est sans équivoque.

Papa

Centaure.org - Papa

 

Encore lui.  Toujours lui.  LE foutu mot.  Cancer.  Une merde.

C’est difficile d’être à 500km et d’entendre la voix de mon père perdre sa vie.  Quoi que ce serait pas plus simple si j’étais à deux pas.  Juste moins de culpabilité peut-être.

Enfant, je la craignais sa voix.  Elle était forte, directive, impérative.  La tendresse venait dans les silences, pas de la voix.  Mais là c’est l’impuissance qui prolifère dans les silences.

Quoi dire, quoi faire, quoi penser, quoi ressentir: en boucle les questions.  En boucle la colère.

J’ai compris quelque chose ce soir:  C’est une fausse crinière de lion que mon père a portée toute sa vie.  Sauf derrière le volant de son 10 roues.  Là elle était vraie.  Assumée.  Symbole de puissance.  La Maîtrise en fait.

Mais la fausse, c’est celle de l’homme qui a eu peur de vivre, de ressentir, d’assumer.  Je l’ai sentie ce soir comme un gant trop bien ajusté.  Effet vieille pantoufle qui pue.  Trop confortable pour y renoncer, trop vieille pour être vraiment utile sinon qu’à conforter un confort qui n’a jamais été.

La même foutue impuissance me monte dans la gorge.  Et dans les yeux.  J’y peux toujours rien.  Sinon que d’assumer consciemment que je ne suis pas celle qui a les mains sur le volant.  Ni le pied sur le gaz. Ni les fesses sur le siège.  Tabarnak.

Je t’aime

centaure.org - Manon Castonguay

 

Le 19 décembre était la journée de mon anniversaire.  J’en ai eu tout plein d’anniversaires déjà.  Pourtant, les années se suivent et ne se ressemblent pas.  Particulièrement cette année.

J’avais l’opportunité de choisir complètement mon emploi du temps de la journée.   Aucun engagement.  Du moins avec les autres.

J’en ai pris un avec moi-même: prendre le temps et prendre soin de moi.  J’ai respecté mon engagement.

En après-midi, après quelques coquetteries, j’ai regardé la femme qui se tenait devant moi dans le miroir de ma salle de bain.  Je l’ai trouvée belle.  Il y avait dans son regard une beauté différente.  Une beauté assumée, qui vient de quelque part de mystérieux, de silencieux, de vrai.

Cette femme me regardait droit dans les yeux et pour la première fois depuis looooooonnnnngteeeeemmmmmmps, j’ai eu le goût de lui dire que je l’aimais.  Parce que je le pensais, mais surtout parce que je le ressentais.  Dans chacune des cellules de mon corps, je ressentais ces syllabes avec une touchante intensité.

Alors dans un élan de tendresse, je lui ai dit Je t’aime.  Je me suis dit Je t’aime.  ‘Bonne Fête’ a pris pour moi cette année sur saveur de liberté.

 

Dois-je?

Centaure.org - Dois-je?

 

J’ai rendu visite à mes parents la fin de semaine dernière.  Même si mon quotidien est un peu fou présentement (mon hebdomadaire et mon mensuel aussi finalement!!), j’ai fait une pause dans cette folie pour parcourir à nouveau ces 500 km qui me séparent d’eux.

La maladie est laide.  Je la vois soutirer la force vitale de mon tout premier héros sur cette terre.  Je la déteste.  Elle draine la lumière du regard de mon père et laisse de grands cernes sous ses yeux.  Elle laisse sur le visage de ma mère une angoisse et une colère sans nom.  Je hais la douleur qu’elle grave jour après jour sur la paix qu’ils méritent.  La maladie est une ordure.

Mes parents ont 46 ans de route commune.  Tant d’années laissent des traces.  Inévitablement.  Des cicatrices et des caresses.  Et cette fin de semaine, à des années-lumières du p’tit bec ravi par habitude en fin de soirée, j’ai vu mes parents s’enlacer comme de jeunes amoureux.  J’étais ainsi témoin d’un de ces moments de grâce où quelque chose de plus grand que soi se manifeste.  Un savoureux ici-et-maintenant plus grand que tous mes souvenirs d’eux.  Un amour grandeur mature.  Un amour saveur d’éternité.

Une question maintenant: dois-je remercier ce maudit cancer de merde?

 

Perspective

centaure.org - Perspective

Je me suis surprise il y a quelques jours à dire ceci:

 ‘Je n’ai pas de projet précis, il n’y a rien d’impossible.’

Je parlais de mon entraînement de course mais le contexte comme tel n’est pas vraiment important.   Banale, sortie dans une conversation légère, cette phrase est tout sauf banale finalement.

Ce qui saute aux yeux et à l’oreille, c’est l’impact d’une phrase comme celle-là.   Il y a énormément de barrages dans cette courte affirmation.  Si courte et si lourde…

Je dois admettre:  des ‘pas’, des ‘rien’, des ‘impossible’, j’en mets souvent dans mes phrases.  Le simple reflet qu’il y en a tout plein dans ma tête et dans mon corps…

Et si je disais plutôt:  ‘La porte est ouverte, tout est possible’, tout-à-coup, tout respire mieux!  Tout respire tout court.

Faire confiance

centaure.org -  Faire confiance

Faire confiance

 

Se fier à quelqu’un ou quelque chose.  Voilà la définition.

La confiance est un thème qui revient de façon récurrente dans ma vie.  Possiblement dans la vôtre aussi.  J’ai le goût de faire un inventaire de mon stock de confiance maintenant.  Un besoin.

Il y a des confiances qui semblent venir toutes seules.  Aujourd’hui, j’ai eu confiance qu’il y aurait suffisamment d’oxygène pour tous les occupants de ma maison.  En fait, je n’y ai accordé aucune attention jusqu’à ce que je fasse cet inventaire, tellement cette confiance est quasi inébranlable.  Pour le moment à tout le moins.  Je sais pourtant que je suis privilégiée parce qu’il pourrait en être autrement.  Un plongeur sous-marin en difficulté sous l’eau aurait une expérience très différente de la mienne…

D’autres confiances sont ancrées dans mes réflexes quotidiens de québécoise et je remets rarement ces répétitions mécaniques en doute.  En m’endormant hier soir, j’ai fait confiance à mon iPhone pour qu’il me réveille à temps pour mon rendez-vous de ce matin.  J’ai aussi fait confiance à la qualité du lait du tout nouveau carton que j’ai ouvert pour déjeuner.  Même chose pour les céréales.  Et le jus.

J’ai ensuite fait confiance au garage où je me suis arrêtée pour faire le plein d’essence.  J’ai aussi eu confiance que sur mon côté de l’autoroute, les autos allaient rouler toutes dans le même sens.  Déjà ici, je me sens ailleurs sur le vecteur doute-confiance.  Va pour l’oxygène, moins sûr pour les autos sur l’autoroute.  La certitude n’existe déjà plus.  Le jeu des probabilités s’annonce.

Certaines confiances plus que d’autres s’amènent défigurées dans mon expérience de la vie.  La danse des probabilités donne tout simplement le vertige.  Comment être fidèle à moi-même ET présente aux gens que j’aime.  Comment donner vie à mon projet de visibilité web.  Comment la maladie va affecter la vie de mon père.  Il est palpable le flou.  Insécurité, incertitudes, doutes.

C’est pourtant ici aussi que Faire confiance prend toute sa force et sa noblesse.  Parce que c’est facile de faire confiance à l’oxygène, au iPhone, au lait, à l’essence.  Qu’en est-il de la confiance en moi-même?  En qui je suis?  À mes ressources?  À la Vie qui est témoin de tout cela?

Je dois faire confiance.  J’ai déjà de l’expérience: je le fais beaucoup plus que je ne le croyais.  Je fais déjà confiance des dizaines et des dizaines de fois par jour.  Me reste alors à tester l’exportation des compétences.  Je te fais confiance Manon.

Elle

 

Ma famille

Ces sourires sont ce que j’ai de plus précieux sur cette planète.

Des questions.  Ceux et celles qui me connaissent savent depuis des lunes que je me pose beaucoup de questions.  Beaucoup est même faible pour traduire fidèlement la réalité.  Parfois je trouve des réponses, parfois je me plais à les chercher, parfois elle restent sans réponse, et parfois je cesse de me les poser.

Je me suis demandé pendant longtemps si je voulais avoir des enfants.  En fait la question était plus si je voulais être mère.  Parce qu’avec ce si court mot vient une liste infinie de responsabilités et disons les choses comme elles le sont, je ne savais pas si j’avais ce qu’il fallait ou si j’avais le goût de les assumer.

Ce dessin parle fort.  Haut et fort.  C’est ma 9 ans qui l’a fait.  Si j’avais vu ce dessin alors que je me posais toutes ces questions sur ma capacité et mon désir d’être mère, tous ces doutes auraient été balayés du revers de la main.  Parce que ces sourires sont maintenant ce que j’ai de plus précieux sur cette planète.

Je suis privilégiée.  Définitivement.

17 juillet 2013

Tu tiens ma main

 

Samedi le 17 juillet dernier, j’apprenais une mauvaise nouvelle.

Depuis presque 10 ans, mon père était en traitement pour un cancer de prostate.  Tout était sous contrôle.  Jusqu’à ce qu’un test sanguin laisse présager que ce contrôle était perdu.  Un test plus poussé allait révéler que des métastases se sont installées dans ses os.  Voilà.  C’est dit.

C’est fou ce que quelques mots peuvent provoquer.  J’ai toujours su le pouvoir des mots.  Mais là, il était question d’un niveau rarement atteint.  Pour moi.

J’ai choisi d’aller voir mes parents.  Seule.  Moi, Tangerine et 500 km de route.  Tout se mélangeait:  le présent, le futur et le passé.  Comme un film dont on se rappelle après l’avoir oublié et dont on invente la suite parce qu’on ne la connait pas encore.

Et j’ai pris une décision.  Vivre tout ça au présent.  Pas ‘avant et ailleurs’, pas ‘après et quelque part’, mais ici et maintenant.

Et c’est ici et maintenant que je tiens la main de mon père.  Je t’aime.

 

La vie…

L'amitié et l'amour

J’aime les chats.

Il y a quelques jours, j’avais un aller-retour rapide à faire avant de prendre la route pour un long 1200 km.  Sur le bord du chemin que  j’ai emprunté, le corps immobile d’un beau chat gris.  Pour lui, la vie était terminée.  J’avais de la peine pour lui et aussi pour sa famille.  Il devait sûrement en avoir une…

Le coeur gros, j’ai continué ma route.  La vie continue.

Sur le chemin du retour, j’ai eu le coeur encore plus gros…  Tout près du beau chat gris, maintenant le corps immobile d’un autre chat, noir celui-là.  J’ai pas pu m’empêcher d’imaginer que le deuxième avait dû voir son ami immobile et avait à son tour perdu sa vie en tentant de le rejoindre…

La vie pour eux était terminée.  Mais de les voir tous les deux, côte-à-côte, probablement dans la mort comme ils avaient été dans la vie, m’a donné le goût de sourire malgré la peine.  Sourire au pouvoir de l’amour et de l’amitié.  Les deux seules choses précieuses de la vie.

 

C’était le 23 mars 2013

demi-marathon de New York, 23 mars 2013

 

C’est avec une expérience de course à pied de 1000 km en moins d’un an que je me suis présentée à la ligne de départ d’un demi-marathon qui avait lieu au Flushing Meadows Corona Park à New York.  C’était le 23 mars 2013.

Au début janvier 2013, j’avais choisi de me préparer à courir 21 km.  La distance d’un demi-marathon .  Une décision.  Pas une résolution.  Comment j’allais y arriver?  J’en avais AUCUNE idée.  Vraiment aucune.  Mais je savais qu’avec les conseils judicieux de ma coach et amie Marylène Scott, j’allais y arriver.  Sa confiance en moi me donnait le courage et l’ambition d’y arriver.  Ça faisait longtemps que je ne m’étais pas abandonné à un rêve audacieux.  Très longtemps.

Pendant 8 semaines, j’ai suivi mon programme d’entraînement assidûment.  5 jours de course par semaine malgré.  Malgré la douleur.  Malgré la fatigue. Malgré mes doutes.  Malgré la peur.  D’échouer, oui, et même encore plus celle de réussir…

Le 23 mars 2013 à 9h00 am, j’allais boucler une grande boucle.

Dès mes tous premiers pas, je me suis concentrée sur ma respiration.  Méthodiquement.  La température était parfaite pour courir:  5°C.  Un peu de soleil printanier, et puis tout plein de nuages, ET beaucoup de vents.  Peu importe.  J’étais dans ma bulle.  Complètement.  Mon défi:  finir la course.

J’ai goûté pendant le trajet au bonheur d’être dans MA zone de confort.  À la fierté de m’avoir très bien préparée.  À l’honneur d’avoir un corps vibrant capable de fournir un effort constant pendant 21 km.

Au fil d’arrivée, mon coeur s’est mis à battre à tout rompre.  Il savait d’ores et déjà que plus jamais je ne pourrais me refuser le droit de rêver grand.  C’est les yeux remplis de larmes que j’ai franchi ces derniers pas vers l’accomplissement de moi-même.  C’est au même moment que j’ai vu 3 visages connus qui donnaient à ce moment une saveur encore plus profonde.  Définitivement immortelle.

 

Et vlan dans les dents!

Un corridor parmi tant d'autres

Fascinant mon stage d’observation à la Cité de la Maladie de Laval.  Tellement apprenant de voir comment chaque personne a sa façon de se repérer dans l’espace.  Révélateur aussi.

Les uns usent de leur mémoire, parfois défraîchie, parfois vive.  D’autres cherchent hystériquement les indications sur les murs et les portes.   Certains tournent en rond, arborant fièrement l’orgueil-fierté de se débrouiller tout seul.  Être perdus plus longtemps mais se débrouiller tout seul.  C’est un choix.  D’autres interrompent la marche empressée d’un employé pour poser la récurrente question: ‘C’est où?’  D’autres laissent libre expression à la frustration de ne pas savoir où ils s’en vont.  Du moins c’est ce que je déduis du franc ‘tabarnak’ que j’ai entendu après un deuxième passage devant les ascenseurs.

Un préposé occupé à transporter une dame sur sa civière prend le temps de répondre à 3 de ces mêmes questions.  Sa gentillesse est palpable.  Rassurante aussi.

À ma droite, un agent de sécurité pourchasse un jeune adulte en chaise roulante.  Ce dernier est sommé d’utiliser la chaise roulante sur ses 4 roues.  Qu’à cela ne tienne, le coin tourné, c’est sur 2 roues qu’il entrera dans l’ascenseur.

L’empressement, l’urgence, l’impatience, l’inquiétude, la résignation…  Souvent la peine, le détachement, l’exaspération et l’indulgence aussi.  Je suis définitivement fascinée.

Chaque personne expérimente à sa façon.  Une chose me frappe de plein fouet: certains ont plus de fun que d’autres.  Et du coup, j’ai le goût d’être de ceux-là.

Merci

Observation

 

Il n’y a rien comme être dans le corridor d’un hôpital, inconfortablement assise à attendre, pour apprécier la force et la fragilité de la santé.  La mienne en particulier.

Des gens défilent les uns après les autres.  Tous différents et semblables à la fois.  Ils cherchent l’endroit où ils doivent se rendre pour un test, un examen, un rendez-vous ou une toilette pour vomir.  Et pourquoi pas la poubelle juste à côté de moi, elle va faire la job.  Entre le plancher et la poubelle, on choisit le plus discret, dignité oblige.  Ou suggère fortement.  J’aurais fait pareil.

À travers eux, une civière se cherche un chemin.  Elle porte le corps défaillant d’un homme âgé inconscient.  Seul aussi.  Ou encore une chaise roulante transportant le corps torturé de courbatures d’une vielle dame, la tête à la hauteur de la poitrine, tellement sa colonne vertébrale est déviée.  La dame qui la pousse est tellement anxieuse qu’elle met systématiquement en danger les chevilles de la passagère.  Pourtant, les préoccupations de cette dernière semblent bien loin de ses propres chevilles.  Elle tient farouchement à deux mains son énorme sac à main.  Priorité aux priorités.  Il y a aussi cet homme, chaise roulante à la rescousse, qui se déplace seul vers la physiothérapie.  Son bandage au pied droit ne cache pas ce bout de pied manquant.  Et à travers eux aussi, ce jeune homme empressé, protégeant explicitement son bras gauche fraîchement fracturé.

Et comme des fourmis affairées, médecins, ambulanciers, agents de sécurité, policiers, infirmiers, agents correctionnels, préposés, concierges, font rouler la machine.  Certains avec le sourire.  Mes héros.

Et moi je suis là à attendre, un peu plus loin de la poubelle par contre, et je suis dans un état de gratitude sans borne.  J’apprécie tellement ce corps que j’habite…  Ses imperfections m’importent tellement peu présentement!  Une application directe de la théorie de la relativité quoi…  Parce que mon coeur bat.  Parce que mes poumons sont pleins d’oxygène.  Parce que mes jambes peuvent m’amener aussi loin que je choisis d’aller.

Précieuse santé, merci de m’habiter.

23 mars 2013

New York

 

Samedi le 23 mars 2013, je serai sur la signe de départ du Allstate Life insurance 13.1 marathon à New York!!

Deux Premières dans ça pour moi:  Première fois que je mettrai les pieds à New York ET première fois que je courrai 21 km (ou 13.1 miles!!)!!

C’est avec l’expérience de plus de 150 courses et la fierté d’avoir parcouru 1000 km en 11 mois maintenant que je prendrai le départ à 9h00am.

J’y crois à peine moi-même.  C’était en avril 2012 que je prenais la décision de courir.  J’ai mis du temps à la prendre, mais ça été une des meilleures décisions de ma vie.  Vraiment.  Et je sais aujourd’hui que le 23 mars 2013 sera gravé à jamais dans ma mémoire de coureuse (ben oui!!  C’est moi ça!!) et dans ma mémoire de femme aussi.  Parce que ce sera le couronnement d’un parcours où j’ai repris confiance en moi, où j’ai rallumé une flamme qui ne brillait plus dans mes yeux, où j’ai défoncé les limites que je croyais avoir, où j’ai compris qu’un pas à la fois mène très loin.  TRÈS loin.

Merci la Vie, Merci Marylène Scott, une précieuse amie et entraîneur privée hors pair, et merci à mon corps de me mener au-delà de moi-même.

Let’s do this!!!!!

La vie LA Vie

Aujourd’hui, c’était le dernier cours de planche à neige pour mes champions.  Alors qu’on s’apprêtait à partir, j’ai vu dans la neige une carte d’abonnement perdue.  J’aurais pu faire comme tous ces gens qui l’ont vue et l’on laissée là.  Si c’était la mienne, j’aurais aimé ça que quelqu’un la ramasse.  Surtout qu’elle était bonne encore pour 2 semaines.  Alors c’est ce que j’ai fait.  Je suis allée la porter au bureau d’information.  Un petit délai de 5 minutes maximum.

Pendant ce temps, un moniteur est venu porter à un de mes champions une médaille qu’il avait oublié de donner.

Si nous avions quitté les lieux sans ramener la carte, l’un de mes enfants n’aurait pas eu sa médaille de fin de session.  Un clin d’oeil de la vie.

La vie est bien faite.  Vraiment.

Deux pieds, deux jambes

Deux pieds, deux jambes

Dans quelques semaines, je vais courir ce fameux 21 km.  Oui, je sais que je vais le courir.

Même si je le sais, ce n’est pas nécessairement facile tout le temps.  Des jours oui, des jours pas vraiment, et d’autres jours, pas du tout.

Et cette journée-là, c’est devenu difficile.  J’en étais à mon 11e ou 12 km, et je ne savais vraiment pas comment j’allais réussir à compléter cette course.  Ma réserve d’énergie était vide comme rarement j’avais pu le sentir dans ma vie.  J’avançais toujours, c’est vrai, mais c’était pénible.  Vraiment difficile.

Pendant que j’étais occupée à gérer un lourd brouillard mental dans ma tête, un véhicule de transport adapté est passé à ma droite.   J’ai pu distinguer la silhouette d’un passager à l’arrière.  Du coup, ma fatigue était devenue moins fatiguée.  Comme si j’avais capté l’envie de quelqu’un à me voir courir.  Comme si tout à coup, je reconnaissais le privilège que j’avais d’habiter un corps pleinement fonctionnel.  Oui, je le reconnaissais à l’instant, c’est un privilège ça.

MOI J’AI DEUX PIEDS, DEUX JAMBES!  J’ai puisé dans cette simplicité toute l’énergie dont j’avais besoin pour atteindre mon objectif.  Un privilège que je choisis.

Manon sur glace

Cramponnez-moi

 

Comme je l’ai déjà dit, je ne compte plus les cascades que j’ai pu faire alors que je marchais sur de la glace.  Je DÉTESTE marcher sur la glace et j’avoue, elle me le rend bien!!

Ceux qui me connaissent sauront d’emblée que ‘Manon’ et ‘sur glace’ dans la même phrase, c’est tellement pas une bonne idée!!…….  Et pourtant………!!

Ma rue hier était une zone neige-verglas-pluie-calcium-gravier-glace.  Un genre de mélange printanier trop précoce finalement.

J’avais un 5 km à courir.  Armée de mes crampons, j’ai couru ce fameux 5 km.  Entre la neige, la slush et la glace, devinez où je préférais courir?  Sur la glace!!! Et oui!!  Qui l’eût cru…….!!  Moi, COURIR sur la GLACE??!!!!!??   Je suis la première étonnée!!!!

Ce que je retiens de cette aventure, c’est que lorsqu’on a des outils adaptés, on peut TOUT conquérir!!

Bilan:  Manon 1 – glace 0!!  Ou encore: Crampons 1 – glace 0!!!

(Quels sont les outils adaptés pour le vent déjà??  …Il semble que ce sera lui mon compagnon de course aujourd’hui!!)

 

Faire confiance

Faire confiance

 

Dimanche dernier, j’avais de la route à faire.  2 heures plus précisément.  Quand je suis partie de chez-moi, c’était nuageux, sans plus.  Une quarantaine de kilomètres plus loin, un peu de brume.  Une dizaine de kilomètres plus loin encore, une brume épaisse.

Je déteste conduire quand il y a de la brume aussi dense.  Mon insécurité finit par prendre beaucoup de place.  Un peu trop à mon goût en fait!!

Quelques soupires et bourdonnements de ventre plus loin, je vois un premier duo de pancartes comme celui sur la photo ci-haut.  J’en ai eu des frissons dans le dos…

Faire confiance.  J’ai réalisé que pour moi, faire confiance était opposé à la prudence.  Comme si en étant prudente, je ne faisais pas confiance.  Comme si en faisant confiance, je n’étais pas prudente….

En traversant ces zones de brume, j’ai exploré ce duo prudence-confiance et j’ai apprécié leur danse.  Vraiment.  Je pouvais à la fois être vigilante ET faire confiance.

Résultats:

  • Comme sur l’autoroute, la vie a ses indications.  Je peux lui faire confiance, brume ou pas.
  • La prudence et la confiance ne sont définitivement pas contradictoires.

2013

J’ai pris une décision.  Une toute première décision pour 2013.  Et toute une.

Depuis dimanche, j’ai débuté un entraînement pour faire un demi.  Marathon je veux dire.  Un demi-marathon.  Soit 21 km de course.  Rien de moins.

Ma plus grande distance à ce jour, c’est 12 km.  Les mêmes nombres, mais dans un ordre qui a un effet anxiogène assez puissant sur moi en ce moment!!  Il en manque quand même quelques uns pour  me rendre à 21….!  J’avoue, j’ai la trouille.  J’en ai pas dormi pendant toute une nuit avant de prendre cette décision.  C’est la peur qui m’a tenue réveillée. La peur de ne pas réussir…  Et l’excitation de réussir aussi….

Je sais dans mon ventre et dans mon coeur que c’est un défi parfait pour moi.  Mais ma foutue grosse tête en arrache!!  Vingt et un..  C’est mathématiquement beaucoup quand même….  9 de plus que mon maximum actuel…..

Vient, avec cette décision qui me fout la trouille, une envie folle de réussir.  Un désir immense d’aller au bout de moi-même.  Une ‘drive’ qui me crie que cette décision est exactement celle que je devais prendre.  11 semaines pour m’y rendre.

À nous deux 2013!!

Spa Important

L’hiver arrive avec ses grandes raquettes je disais??!!  Ouffff……  J’ai une quarantaine de centimètres de neige à pelleter ce matin sur le balcon et la terrasse….  Ma motivation: avoir accès au spa.  Une bonne motivation quand même!!

Je me mets donc à la tâche.  Y’en a en tabarnouche de la tâche…!!!  Pelletée après pelletée, sans broncher.  Elle est lourde celle-là!!  Courage!!  J’ai un but!!

Rendue près du spa, je me rends compte que ce sera plus long que prévu.  Je dois dégager tout le tour du spa parce que le couvert est complètement enseveli.  Là, ça fait beaucoup pour moi toute seule.  Mes bras ont été infiltrés par la lourdeur de la neige…..  Je regarde la forêt et en toute franchise, je suis un peu découragée.  Je manque définitivement d’endurance pour dégager tout ça avec vigueur.  Des larmes coulent sur mes joues malgré moi.  J’ai pas de peine vraiment, je suis juste fatiguée.  Moi et mes bras, on est juste fatigués….   Enfin………..  J’avoue, j’ai un peu de peine aussi….

Après quelques ruissellements jusqu’au menton, une question traverse ma pensée comme un éclair: mais qui a dit que je devais dégager tout ça ‘avec vigueur’??!!  Ça vient d’où cette exigence-là??!  Elle ajoute définitivement beaucoup de poids à chaque pelletée de neige celle-là…..

Je révise ma stratégie.  Une pelletée à la fois.  La forêt et son éternelle patience comme témoins.  Simplement au rythme que je peux aller ici et maintenant.  Une seule à la fois.  MÊME dans ma tête.  Surtout là!!!!

Et Hop Là!!!  J’ai fini de dégager tout l’espace pour me rendre au spa ET pour ouvrir le couvercle.  Mission accomplie.  À mon rythme.

p.s. C’est pas parce que le chemin était dégagé ET que le couvercle avait de l’espace pour ouvrir que j’ai pu profiter du fruit de mon travail.  Mais ça, c’est une autre histoire….  Récurrente autre histoire.!!

80 minutes

Le temps.

Depuis 2 jours, l’hiver s’amène avec ses raquettes.  Ses grandes raquettes.

Ce matin, j’ai choisi de faire du vélo elliptique.   Le temps de mon 10 km + 10 minutes.  Ça fait 80 minutes.  C’est rien 80 minutes mais à la fois, c’est loooooooooooooong!!

C’est le temps d’écouter 38 chansons dans ma liste de préférées.  C’est le temps de presque vider ma gourde d’eau.  C’est aussi le temps d’avoir le t-shirt trempé de bord en bord.  C’est le temps d’avoir la plante du pied qui brûle comme du feu.  Le temps aussi de dépenser 800 calories (je pense qu’il a exagéré le compte ce matin lui..!!).

C’est aussi beaucoup de temps pour penser.  J’espère que je vais pouvoir terminer cette course même si mes poumons sont embourbés présentement.  Et j’en reviens pas que la course dehors me manque autant!  Pincez-moi quelqu’un!!!!!  Je pense à la chance que j’ai d’avoir un corps qui me permet la mobilité et l’effort.  Au chemin parcouru depuis avril dernier.  À mes cadeaux de Noël que j’ai à emballer.  À ma fête qui s’en vient.  Au tiraillement dans mes cuisses qui travaillent fort.  Au pied de neige qu’il y aura à pelleter tantôt.  À des gens précieux qui me manquent présentement.  À comment le temps peut paraître long des fois.  À combien mon lit était confortable ce matin.  À l’année qui s’achève, déjà.  Ah oui!  À la chance que j’ai de pouvoir aller dans le spa tantôt, quand j’aurai dégagé le chemin pour m’y rendre évidemment.  Au privilège que j’ai d’être ici et maintenant.

80:00.  Terminé.  Enfin.  Déjà.

Mon champion

Comment ai-je pu oublier mon champion…….  Tabarnouche…….!!  Merci Sonya pour le rappel!!  😉

Il y a 3 ans, le futur champion en question, à l’époque, jouait au soccer.  Durant l’hiver, il avait fait un atelier pour sa position, gardien de but.  Plusieurs semaines.  8, 10, 12, je ne m’en rappelle plus.  Peu importe.  Il avait travaillé fort et avait développé beaucoup d’habiletés et de réflexes.  Moi j’avais travaillé ma patience mais aussi senti grandir la fierté de le voir développer la maîtrise d’un sport qu’il aimait.

Le printemps venu, revirement inattendu:  il souhaitait s’inscrire au football.

L’adulte de mère que j’étais s’est faite aller avec toute la splendeur du rationnel bête érigé en vérité suprême.   ‘Tu as passé l’hiver à t’entraîner pour le soccer!  Fais au moins une autre saison!  Tu (….j’aurais au moins dû avoir l’honnêteté de dire ‘nous’…) n’as pas fait tout ça pour rien?!’

À force d’insistance et de persuasion, il avait choisi de s’inscrire au soccer.  Mais ce n’était pas son choix.  C’était le mien.  Pas le sien.

Sa saison a été à l’image de l’influence que j’avais exercée.  Une suite de rendez-vous manqués, de revirements qui mènent dans des cul-de-sacs, de timing déficient, d’espoirs brisés, de maladresses de coachs et d’égos en excroissance.  Entre autres.  Mais aussi une mère qui s’est pris un bon uppercut sur la gueule.  Noah, le futur champion, ne voulait pas jouer au soccer.  Son coeur était ailleurs.  Il avait choisi le choix d’une autre.  Lui, c’est au football qu’il voulait jouer.

L’année suivante allait être différente pour le futur champion:  inscrit au football.

Et l’autre suivante allait l’être encore plus.  Aligné sur son coeur, sur sa ‘drive’, sur son instinct, entouré de coachs et de coéquipiers qui allaient le supporter dans la persévérance et l’effort, le futur champion allait vivre une aventure hors du commun.

 

Bilan:

  • 2 défaites, 10 victoires en saison régulière
  • Match des Alouettes à Montréal et le privilège de rencontrer les joueurs à la fin
  • Visite à Mirabel de 4 joueurs et de 2 coachs des Alouettes lors d’une pratique
  • Tête de classement de sa catégorie dans son association
  • Champion de la finale régionale
  • Champion provincial en remportant le Ballon d’Argent
L’instinct est puissant.  Noah l’a pressenti bien avant moi.  Bravo mon champion préféré!  Merci pour la leçon.  Et l’inspiration.

Oui, une aventure d’exception.  Comme toutes celles où l’on suit son instinct, cette force qui vous amène au-delà de nous-même.  Au-delà tout court.

Tout est parfait!

Je suis allée rencontrer ma numérologue préférée la semaine dernière.  C’est avec elle que j’ai appris la numérologie d’ailleurs il y a quelques années.

Je complète présentement un cycle de 9 ans et histoire de boucler la boucle de la bonne façon, je suis allée la consulter.  Des fois, quand on a le nez trop collé sur l’arbre, on voit  pas la forêt même si on la connait et qu’on sait qu’elle est là n’est-ce pas?!!

Un précieux moment de près de 90 minutes.  J’ai pris aucune note, contrairement à mes habitudes.  Parce qu’elle enregistre la séance et la copie sur un disque compact à la fin.  Les merveilles de la technologie!!

Ce matin, j’ai eu le goût de réentendre les profondeurs de cette sagesse, puisque la mémoire est une faculté qui oublie et qui occulte n’est-ce pas #2?!!

Bien installée sur ma chaise de Cléopâtre, je mets le disque dans mon lecteur.

PLAY.

Rien.

Après vérification de la connexion des fils, du volume de mon lecteur, toujours le son d’une sagesse disparue.  Rien.

Je vérifie une deuxième fois, j’me connais, on sait jamais….

Rien.

IL-N’Y-A-RIEN-SUR-LE-CD!!!!  R-I-E-N!!!!!  Le néant total!!!!!!

Alors j’entre dans ma phase d’apitoiement.  À pieds joints.  J’ai le souvenir défraîchi, j’me rappelle pu de ces phrases-clés, de ces précieux indices de cohérence, de tous ces trucs….  MERDE!!!!!

Pourquoi pas compléter le tout avec une p’tite toune mélancolico-dramatique, histoire de brailler ça comme il faut n’est-ce pas #3?!!

Ah ben là!!!  Le  mauvais sort s’acharne sur moi: mon iPhone a plus de son!!!  ÇA-VA-FAIRE-LÀ!!!!!!  On peut même pu mélancolico-dramatiser comme du monde là!!!!  M-E-R-D-E!!!!

Bon, j’me resaisie, je tente de conjurer le sort par ma persévérence: j’essaie une deuxième fois!!

Ah ben oui…..  C’est ça qu’on dit……….  Avec du volume, ça va mieux………………………

 

p.s.  Toute la sagesse de ma séance de numérologie est bel et bien sur le cd.  C’est juste que ce lecteur peut pas le lire.  Un lecteur qui peut pas lire…!!  Tout est parfait!!  ;-))

J’adore les pamplemousses!

Hier soir, mon partenaire de vie préparait des pamplemousses.  C’est tellement plus simple quand ils sont arrangés d’avance!  Le chanceux!!  (…Lire ici un ‘soupçon’ d’ironie!!)

Un beau gros sac de chez Costco!!  Des Tropicana, nos préférés en plus!!

Il était dépassé 18h00.  Il fait noir à cette heure-là en décembre au Québec.

Une lumière était allumée mais son espace de travail était quand même sombre.  Il se plaçait l’épaule de côté pour qu’il y ait le plus de lumière possible sur son espace de travail.

Juste au-dessus de lui, encastrée, une belle lumière halogène.  Vraiment tout juste au-dessus de lui.  Fermée.  Elle était fermée.

Je suis passée près de l’interrupteur, et UP!!  La lumière fût.

Des fois, comme dans souvent, comme dans tout le temps, même s’il fait noir, il y a une lumière qui peut être allumée.  Quelque part, juste là.

 

Gratitude aux lavabos

Hier, j’étais au Salon du livre de Montréal.  J’accompagnais, à travers cette vaste mer de créativité littéraire, 6 étudiants dont mon champion de fils (je vous reviens sur ça!).  C’était une toute première pour moi.  L’accompagnement ET le Salon.  Je compte d’ailleurs jusqu’à 6 avec une rapidité phénoménale depuis!

Après un rapide dîner, nous sommes allés aux toilettes en troupeau, sécurité oblige.

Après avoir soulagé ma biologie vésicale, je suis allée aux lavabos, où une dame s’affairait à nettoyer les traces des dernières bénéficiaires négligentes.  Silencieuse et méthodique, elle promenait, sur le contour de chaque lavabo, un linge blanc et joufflu.  Mouvement par mouvement, elle laissait derrière elle un espace propre et accueillant pour les bienveillantes et les négligentes suivantes.

J’ai eu le goût de faire de même: laisser derrière moi un espace plus accueillant…

Cette dame, qui travaillait dans ces espaces que l’on souhaite propres, ne lésinait pas sur l’ardeur et la rigueur.  Son regard était pourtant lourd, triste, ou peut-être simplement tanné d’essuyer encore et toujours ces mêmes éclaboussures de nonchalance.

J’ai dirigé mon regard vers elle quelques secondes.  Elle l’a possiblement senti, ou trouvait tout banalement mon séchage de mains trop long!!  À son tour, elle m’a regardée.  C’est alors que j’ai lancé dans l’espace qui nous séparait, en toute sincérité:  ‘Merci pour votre travail!

Ses yeux ont d’abord trahi une incompréhension, ensuite la surprise.  Comme si ces quelques mots ne pouvaient s’adresser à elle vraiment.  Sourire à l’âme, j’ai soutenu son regard.  C’est alors que j’ai senti mes mots toucher son coeur lettre par lettre.  J’ai pu voir sur ce visage sérieux, voire froid, s’installer un sourire radieux, un sourire qui appréciait.  Elle a tenté quelques syllabes incompréhensibles, visiblement touchée.

J’ai partagé ce sourire silencieusement bavard, et  j’ai quitté, laissant derrière moi un moment simple et riche à la fois.

(1-2-3-4-5-6.   Une belle façon de dire aurevoir à mon défi 6 qui se termine à la fin de cette année!  La vie et ses clins d’oeil!!)

Patience patience patience..!!

J’ai un nouveau programme d’entraînement (Merci à la plus meilleure entraîneure du MONDE Marylène Scott!).  Je dois apprendre à trouver mon rythme.  Courir à mon rythme.   Pas à celui que j’aimerais avoir ou que j’aurai un jour!..  Pourtant, courir moins vite, c’est pas sorcier!  Mais j’ai de la difficulté.  Mes jambes veulent dévorer le sentier, mais mon coeur n’arrive pas encore à répondre à cette demande.

J’ai couru un 10  km hier.  Ralentir.  Un combat de tous les instants..!  Et pourtant, quand j’y arrive, je retrouve le plaisir d’être dans la forêt,de simplement respirer et de ressentir le bien-être de l’effort physique.  Quand j’accélère et qu’inévitablement je me retrouve à bout de souffle, tout est moins beau, moins inspirant, moins vivifiant tout à coup.

Cette constatation me rappelle un combat que je mène depuis longtemps.  Être patiente et prendre le temps……  La course se présente définitivement comme un miroir dans ma vie présentement.  Mais la leçon tarde à rentrer……  Plus je pousse, moins j’ai de plaisir à faire ce que je fais.  Plus je respecte où je suis rendue, plus j’ai de plaisir à être tout simplement dans le moment présent, avec toute la grandiosité que cela implique.

Merci la course de me ramener sur mon propre chemin.

Vive la poésie

Ouff….  Celle-là n’a pas été facile.  Ma course d’aujourd’hui je veux dire.

Pour commencer, j’ai trop traîné au lit.  Résultat:  soleil de plomb à 8h00am.  J’assume la pleine responsabilité de cette paresse matinale dominicale.  Avec un sourire en coin assumé, j’accueille la chaleur avec laquelle je dois maintenant composer.  Je souris aussi, en coin toujours, à cette rivière généreuse qui coule dans mon dos et sur mon front.  Ah oui, à mes coudes aussi (drôle de place quand même!).

Pour accompagner la chaleur, voilà que s’ajoute une touche de poésie: de la douleur.  À la cuisse gauche.  Pas vraiment musculaire, juste une espèce de grande fatigue.  J’entends cette merveilleuse cuisse gauche me marteler en sourdine:  ‘On était-tu bien allongées toi et moi dans le lit ce matin?!’  Et moi de lui répondre avec toute ma ferveur de néo-coureuse: ‘Ouin…’

Pas évident de courir avec cette combinaison de défis.

Ah oui, j’oubliais.  Hier, j’ai décidé de me payer un cadeau.  Un cadeau à moi de moi: de nouveaux jeans.  Pour la première fois en plusieurs PLUSIEURS années, je lis sur l’étiquette de mon cadeau: Size  30.

Chaleur et douleur, ça rime parfois malgré tout avec fierté.  Vive la poésie!

 

Coureuse.

Depuis la fin du mois d’avril dernier, j’ai dit oui.  Oui à un élan qui s’était manifesté il y a déjà plus d’une année: j’ai commencé à faire de la course à pied.  En bonne non-sportive que j’ai toujours été, ou pensé être, je ne sais plus exactement, c’était un pas de géant.  Merci encore une fois à mon audace du moment.  Et à Marylène, une précieuse amie, pour l’inspiration.  À Marylène avant l’audace en fait.

Allez Manon!!  Un peu d’humilité, ça tue pas….  

Pas si évident que ça de dire oui à un mouvement que l’on craint….  Ce premier pas que l’on sent comme un volcan qui retient son souffle, ce même volcan qui nous amènera au bout de nous-même, du moins un peu plus loin, peut-être même un peu plus haut…    Cher Inconnu, quand tu nous terrorises…………

Tellement de blessures se cachent derrière des années, une vie en fait, d’inaction et de complaisance…  Tellement de vie niée par la peur de vivre vraiment…

Depuis aussi longtemps que je puisse me rappeler (ok, ok, ma mémoire temporelle n’est pas une qualité chez-moi mais bon..!!), presque à chaque fois que j’ai couru, dans un jeu, à cause d’une pluie diluvienne, dans un cours d’éducation physique, et j’en passe des plus banales et des plus spectaculaires, mes chevilles m’ont toujours abandonnée.  Souvent à tout le moins.  Un pied renversé par-ci, un pied renversé par-là, jumelé plus souvent qu’autrement à une cascade époustouflante ou tout simplement déconcertante.  De cette longue carrière mon surnom est issu: ‘Miss Cascade’.

Hier, pour la toute première fois de ma VIE, j’ai fait un sprint à la fin de ma course, par pur plaisir j’avoue (et oui, c’est MOI qui dit ça!!!), et j’ai clairement senti POUR LA TOUTE PREMIÈRE FOIS DE MA VIE, que mon corps a maintenant la force de me soutenir peu importe la direction que je choisirai d’emprunter, à peu importe la vitesse à laquelle je choisirai d’avancer.

Moi, Manon, jeune quarantaine (assez de dévoilement pour le moment!!), coureuse et fière.  Et ex.  Ex-Miss Cascade.  (À suivre cet hiver sur la glace, mais ça, c’est une autre affaire!!)

 

Ma belle Tangerine

Tangerine, c’est mon rêve de p’tite fille.  Une New Beetle décapotable manuelle.  Orange ma Tangerine.   Je la conduis maintenant depuis 3 ans.  Je l’ADORE.  Je conduis mon rêve, c’est pas rien!!

On dit que notre auto est le reflet de notre vie…

La semaine passée, Tangerine s’est brisée.  Ce n’est pas moi qui la conduisait, c’était mon conjoint.  Il a échappé la pédale d’embrayage.  D’abord un son bizarre.  Ensuite le silence.  Plus rien.  Remorquage nécessaire.  Diagnostic: timing belt détruite, poulie tordue, valves croches, oeillet du bloc du moteur pour le fixer au support cassé, tête du moteur endommagée, et j’en passe.

‘T’as pas été chanceux!’, les mots du mécano qui a constaté les dommages.

C’est juste de la tôle tout ça…….  Mais j’ai de la peine…

Mon conjoint sait que j’ai de la  peine.  Il en a aussi.  Il a pourtant tout mis en oeuvre pour la réparer.  Il a mobilisé toutes les ressources à sa disposition: remorqueur, mécanicien, soudeur, machiniste.  Sa patience aussi.  De A à Z.

Je sais maintenant qu’elle devait se briser.  Pour que je vois.  Pour que je comprenne.  Pour que je sois témoin.  On peut faire une erreur, déclencher une avalanche de conséquences et choisir de mobiliser toutes les ressources disponibles pour réparer.  Pour réussir.  Pour retrouver l’équilibre.

Merci Denys.  Merci Tangerine.  Merci à tous ceux qui ont participé à sa restauration.  Merci la Vie.

In-Significance

Je suis chez Costco.  Mon panier est garni de ‘nécessités’ pour toute la famille.  J’arrive à la caisse.  Je cherche ma carte de membre.  Tous les membres savent qu’on en a besoin pour régler notre facture.  Charmant:  JE NE LA TROUVE PAS.

Si je suis entrée dans le magasin, c’est que je l’ai présentée à l’entrée n’est-ce pas?  Et bien non.  Je ne la trouve pas.  Pas dans mes poches.  J’en ai 5, toutes complètement vides sauf un vieux mouchoir trop utilisé.  Pas dans ma sacoche non plus. Ni dans mon portefeuille.  Mais c’est une conspiration!   Où est donc cette foutue carte!!!

Je refais le tour, peut-être ai-je mal regardé!  Toujours rien d’autre dans mes poches que ce même vieux mouchoir trop utilisé.  Toujours rien dans cette minuscule sacoche non plus.  Si elle y était, je l’aurais vue depuis longtemps!!  Et enfin la deuxième inspection de fond en comble de cegourmand portefeuille qui a dû bouffer ma carte, c’est sûr!!!

Là, j’ai l’air fine (je sais, je devrais m’en foutre mais je n’y suis pas encore…)!  Le panier plein comme il est si facile d’en remplir un chez Costo, j’ai l’argent qu’il faut pour payer MAIS J’AI PAS MA FOUTUE CARTE DE MEMBRE!!!

Un dernier espoir: je fouille mes souvenirs: où ai-je mis cette carte en entrant?  Malheureusement, des fois je la remets en place, des fois je la mets dans ma sacoche sur le dessus, des fois dans mes poches de manteau…  MEEEEERRRRDEEEEEEEE…..!!  J’arrive pas à m’en rappeler…

Je me résigne:  Je vais devoir laisser mon panier là et me retaper une autre fois la tournée du magasin PARCEQUEJEN’AIPASMAFOUTUECARTEDEMEMBRE!!!!

Et là, de nulle part, il y a quelque chose qui me dit d’ouvrir à nouveau mon portefeuille.  Je résiste.  Ben là!!  Je l’ai déjà autopsié 2 fois!  Si elle était là la maudite carte, je l’aurais vue!!

Le même quelque chose me redit: «Ouvre ton portefeuille.»  Ben pourquoi simonak (résistance, résistance, quand tu me tiens….)!?!!

…3 fois ou 2 fois, au point où j’en suis….

Alors j’ouvre ma sacoche.  Toujours aussi minuscule celle-là.  J’y prends mon portefeuille, l’insignifiant qui a bouffé ma carte.  Je ne peux pas m’empêcher de me dire qu’il faudrait bien que je passe un peu de monnaie tellement il est lourd…  Et j’ouvre le ventru.

Oh là….   Que vois-je?  QUE VOIS-JE???  Un charmant rectangle de plastique noir se tient là, en première rangée de cartes.  Ben voyons….  Ça s’peut pas!?!!   On aurait dit que pour quelques fractions de secondes, j’aurais préféré me retaper la tournée du magasin pour regarnir mon géant panier…  J’avance mes doigts ouvertement frustrés vers le rectangle noir.  Ils confirment ce que mes yeux ont vu CETTE FOIS: ma carte de membre du Costo.

Et je ne peux m’empêcher d’avoir ce grand sourire innocent, raffiné mélange d’incompréhension et de satisfaction.

How I feel right now…

Ira Glass on Storytelling

Écrire

Aussi loin que je me rappelle, j’ai toujours aimé écrire. Des poèmes pour mes parents, des textes pour les cours de français à l’école, des cartes de fête… J’ai toujours aimé mettre ma touche personnelle. Et quelle satisfaction j’éprouvais…

Plus tard allait s’installer pour quelques décennies une longue tradition quasi quotidienne: un journal intime. Le premier: à clé, bien sûr! Qui aurait voulu voir s’exposer tous ses secrets! Ensuite des cahiers. Bien ordinaire mais avec  beaucoup de lignes. Plein de lignes à remplir. Tout plein de pages. Que j’ai remplies une à une. De mes peines, trop généreuses à mon goût.. Des espoirs mal assumés, des tonnes à vrai dire.. Des rêves aussi. Beaucoup de rêves…

À un moment de ma vie où je sens avoir oublié comment rêver vraiment, j’ai envie de reprendre la plume. En fait je modernise mon envie: je vais prendre le clavier. Parce qu’au bout de cette discipline d’écriture, il y a cette femme que j’ai négligée et que j’ai fini par mal connaître. À mal la reconnaître. Et il y a ce grand besoin de dire, qui est plus vivant que jamais, dans mon ventre. Alors voilà.

p.s. Parfois j’écrirai en français, et parfois en anglais.  Pourquoi pas!

Que l’aventure commence!

Les CLINS D’OEIL DU HASARD sont de retour!

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